Gonarthrose fémoro-tibiale externe

Gonarthrose fémoro-tibiale externe : symptômes et traitement

Dr. Marc Dupont 16 mars 2026 7 min de lecture Types de gonarthrose
Sommaire

Quand on parle d'arthrose du genou, on pense généralement à l'usure du compartiment interne — la forme la plus courante. Mais l'articulation du genou comporte trois compartiments, et celui qui se situe du côté externe peut lui aussi être touché. La gonarthrose fémoro-tibiale externe, moins fréquente que sa voisine interne, possède ses propres particularités : des causes spécifiques, un lien étroit avec la morphologie de la jambe, et des stratégies de traitement adaptées. Un éclairage complet sur cette forme d'arthrose souvent méconnue.

Anatomie : les trois compartiments du genou

Pour comprendre la gonarthrose fémoro-tibiale externe, il faut d'abord visualiser l'architecture du genou. L'articulation du genou est divisée en trois compartiments :

  • Compartiment fémoro-tibial interne (médial) : situé du côté intérieur du genou, entre le condyle fémoral interne et le plateau tibial interne. C'est le compartiment le plus souvent touché par l'arthrose
  • Compartiment fémoro-tibial externe (latéral) : situé du côté extérieur, entre le condyle fémoral externe et le plateau tibial externe
  • Compartiment fémoro-patellaire : à l'avant du genou, entre la rotule (patella) et la trochlée fémorale

La gonarthrose fémoro-tibiale externe correspond à l'usure du cartilage dans le compartiment latéral. Sur une radiographie en charge, on observe un pincement de l'interligne articulaire du côté externe du genou.

Causes et facteurs favorisants

La gonarthrose fémoro-tibiale externe est moins fréquente que la forme interne, car dans un genou à axe normal, le compartiment interne supporte environ 60 % de la charge. Plusieurs facteurs peuvent inverser cette répartition et surcharger le compartiment externe :

Le genu valgum

Le genu valgum (genoux en X) est la cause principale de gonarthrose fémoro-tibiale externe. Cette déviation axiale oriente les forces vers le compartiment latéral du genou, provoquant une surcharge chronique qui accélère l'usure du cartilage de ce côté. Plus le valgus est marqué, plus le risque d'arthrose externe augmente.

Autres facteurs de risque

  • Antécédent de méniscectomie externe : l'ablation partielle ou totale du ménisque externe prive le compartiment latéral de son amortisseur, accélérant considérablement l'usure du cartilage. C'est l'une des causes les plus fréquentes de gonarthrose externe chez le sujet jeune
  • Traumatismes : fracture du plateau tibial externe, entorse grave avec lésion ligamentaire, luxation de la rotule récidivante
  • Instabilité ligamentaire chronique : rupture ancienne du ligament croisé antérieur non reconstruite, entraînant des mouvements anormaux qui usent préférentiellement le compartiment externe
  • Surpoids et obésité : facteur aggravant quel que soit le compartiment touché, en augmentant les contraintes mécaniques sur l'ensemble de l'articulation
  • Âge et vieillissement : l'usure physiologique du cartilage augmente avec le temps
  • Activités sportives ou professionnelles à fort impact : sports de pivot, ports de charges répétés

Symptômes de la gonarthrose fémoro-tibiale externe

Les symptômes sont similaires à ceux de la gonarthrose en général, avec une localisation spécifique :

  • Douleur localisée sur le versant externe du genou : c'est le symptôme cardinal. La douleur est mécanique : elle apparaît à la marche, lors de la montée/descente des escaliers, sur terrain irrégulier, et se calme au repos
  • Raideur articulaire : difficulté à plier ou étendre complètement le genou, surtout après une période d'immobilité (dérouillage matinal de quelques minutes)
  • Gonflement du genou : épanchement articulaire lors des poussées inflammatoires, le genou paraît « enflé »
  • Craquements et crépitations : bruits articulaires lors des mouvements, liés aux surfaces cartilagineuses irrégulières
  • Déformation progressive en valgus : à mesure que l'arthrose creuse le compartiment externe, le genu valgum s'accentue, créant un cercle vicieux
  • Sensation de dérobement : instabilité du genou lors de la marche, impression que la jambe « lâche »

Lors des poussées congestives, la douleur peut devenir inflammatoire : intense dès le matin, présente au repos et parfois nocturne, accompagnée d'un gonflement important du genou.

Diagnostic

Examen clinique

Le médecin examine le patient debout puis allongé. Il recherche :

  • Une déviation en valgus des membres inférieurs (genoux en X)
  • Une douleur à la palpation de l'interligne fémoro-tibiale externe
  • Un épanchement articulaire (choc rotulien positif)
  • La mobilité articulaire : flexion, extension, recherche d'un flessum
  • Une éventuelle laxité ligamentaire

Imagerie

  • Radiographie en charge (debout, en schuss) : examen de référence. Elle montre le pincement de l'interligne du côté externe, une éventuelle sclérose sous-chondrale, des géodes et des ostéophytes. Le pangonogramme (radiographie des membres inférieurs en totalité) mesure précisément l'angle de déviation en valgus
  • IRM : évalue l'état du cartilage, des ménisques et des ligaments. Permet de détecter un œdème osseux sous-chondral (signe d'activité inflammatoire) et d'identifier des lésions méniscales associées
  • Arthroscanner : précise les lésions cartilagineuses en cas de doute diagnostique

Classification

La sévérité de l'arthrose est évaluée selon la classification de Kellgren-Lawrence (stades 1 à 4) et l'importance du pincement de l'interligne externe. On distingue l'arthrose débutante (pincement partiel) de l'arthrose évoluée (pincement complet avec contact os-sur-os).

Traitements

Traitements conservateurs

En première intention, la prise en charge est médicale :

  • Perte de poids : chaque kilogramme perdu réduit de 4 à 5 kg la contrainte sur le genou
  • Activité physique adaptée : renforcement musculaire (quadriceps, ischio-jambiers), vélo, natation, marche sur terrain plat
  • Kinésithérapie : programme personnalisé de renforcement, étirements et proprioception
  • Semelles orthopédiques varisantes : conçues par le podologue pour décharger le compartiment externe en modifiant la répartition des pressions au niveau du pied
  • Genouillère de décharge latérale : exosquelette articulé qui soulage spécifiquement le compartiment externe

Traitements médicamenteux

  • Antalgiques (paracétamol) : premier recours contre la douleur
  • Anti-inflammatoires non stéroïdiens : en cures courtes lors des poussées douloureuses
  • Infiltrations de corticoïdes : injection intra-articulaire pour calmer une poussée inflammatoire aiguë
  • Viscosupplémentation (acide hyaluronique) : injection pour améliorer la lubrification articulaire, particulièrement adaptée aux arthroses débutantes à modérées
  • PRP (plasma riche en plaquettes) : technique plus récente consistant à injecter des facteurs de croissance issus du propre sang du patient. Les résultats restent discutés

Traitements chirurgicaux

Lorsque les traitements conservateurs ne suffisent plus :

  • Ostéotomie de varisation : correction chirurgicale de l'axe de la jambe pour transférer les charges du compartiment externe usé vers le compartiment interne sain. Indiquée chez le patient jeune (< 55-60 ans) avec une arthrose localisée et un valgus significatif. Permet de retarder la prothèse de plusieurs années
  • Prothèse unicompartimentale latérale : remplacement du seul compartiment externe par une demi-prothèse. Indiquée si l'arthrose est strictement limitée au compartiment externe, avec des ligaments intacts et une mobilité préservée. Intervention moins invasive qu'une prothèse totale
  • Prothèse totale de genou : en dernier recours, lorsque l'arthrose est trop étendue (plusieurs compartiments touchés) ou que les autres options ont échoué. Corrige simultanément la déformation en valgus

Différences avec la gonarthrose fémoro-tibiale interne

Bien que le mécanisme général soit identique (usure du cartilage), la gonarthrose externe se distingue de la forme interne sur plusieurs points :

  • Fréquence : la forme externe est nettement moins fréquente (environ 20-25 % des gonarthroses fémoro-tibiales contre 75-80 % pour la forme interne)
  • Morphotype associé : le valgus (genoux en X) pour la forme externe, le varus (jambes arquées) pour la forme interne
  • Tolérance : la déformation en valgus est généralement moins bien tolérée que le varus, avec une tendance à l'instabilité plus marquée
  • Chirurgie correctrice : ostéotomie de varisation (correction du valgus) pour la forme externe, ostéotomie de valgisation pour la forme interne

Dans certains cas, l'arthrose peut toucher simultanément les compartiments interne et externe : on parle alors de gonarthrose bi- ou tricompartimentale, qui nécessite une approche thérapeutique différente.

Avertissement médical

Les informations fournies sur ce site sont destinées à améliorer la compréhension des pathologies du genou et ne sauraient se substituer à un avis médical professionnel. Consultez votre médecin pour tout diagnostic ou traitement.

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