En parcourant un compte-rendu d'imagerie du genou ou une ordonnance de rhumatologue, le terme « chondral » revient régulièrement sans qu'on sache toujours précisément ce qu'il recouvre. Lésion chondrale, surface chondrale, atteinte chondrale… Ce mot, issu du grec ancien, est omniprésent dans le vocabulaire médical lié aux articulations. Pourtant, sa signification exacte et les réalités cliniques qu'il désigne sont rarement expliquées au patient. Plongée dans un terme médical dont la compréhension éclaire tout le mécanisme de l'arthrose du genou.
Étymologie et définition du terme « chondral »
L'adjectif chondral (féminin : chondrale) vient du grec ancien chondros (χόνδρος), qui signifie « cartilage » ou « grain ». En médecine, il qualifie tout ce qui se rapporte au cartilage ou qui concerne le cartilage.
On retrouve cette racine dans de nombreux termes médicaux :
- Sous-chondral : situé sous le cartilage (désigne l'os qui soutient le cartilage articulaire)
- Chondrocyte : cellule du cartilage, responsable de sa fabrication et de son entretien
- Chondromalacie : ramollissement du cartilage (fréquent au niveau de la rotule)
- Chondroïtine : composant naturel du cartilage, utilisé en complément alimentaire
- Chondropathie : toute maladie affectant le cartilage
- Ostéochondral : qui concerne à la fois l'os et le cartilage
Le cartilage articulaire : le tissu « chondral » par excellence
Lorsqu'on parle de « surface chondrale » ou de « lésion chondrale » dans le contexte du genou, on fait référence au cartilage articulaire — aussi appelé cartilage hyalin. C'est ce tissu lisse, nacré et légèrement élastique qui recouvre les extrémités osseuses à l'intérieur de l'articulation.
Composition et structure
Le cartilage articulaire est un tissu unique dans l'organisme, composé de :
- Eau (65 à 80 %) : emprisonnée dans la matrice, elle confère au cartilage ses propriétés d'amortissement
- Collagène de type II : réseau de fibres qui forme l'armature solide du cartilage et lui donne sa résistance aux tractions
- Protéoglycanes (dont l'agrécane) : grosses molécules qui attirent et retiennent l'eau, assurant la compressibilité du tissu
- Chondrocytes : les cellules du cartilage. Elles sont peu nombreuses (seulement 1 à 5 % du volume total) mais jouent un rôle fondamental en régulant l'équilibre entre la synthèse et la dégradation de la matrice cartilagineuse
Propriétés remarquables
Le cartilage articulaire possède deux caractéristiques essentielles :
- Il ne contient ni vaisseaux sanguins, ni nerfs : c'est pourquoi les lésions chondrales précoces sont souvent indolores et passent inaperçues. Le cartilage est nourri par diffusion depuis l'os sous-chondral et le liquide synovial
- Sa capacité de régénération est très limitée : contrairement à l'os qui peut se réparer après une fracture, le cartilage endommagé ne se reconstitue pratiquement pas. C'est ce qui rend l'arthrose irréversible une fois installée
Fonction dans l'articulation du genou
Dans le genou, le cartilage articulaire recouvre trois surfaces osseuses : les condyles fémoraux, les plateaux tibiaux et la face postérieure de la rotule. Il remplit deux fonctions :
- Faciliter le glissement : le coefficient de friction du cartilage sain est inférieur à celui de la glace sur la glace. Les deux surfaces articulaires glissent l'une sur l'autre avec un minimum de frottement
- Absorber les chocs : en se déformant légèrement sous la charge puis en reprenant sa forme, le cartilage amortit les impacts liés à la marche, la course ou les sauts
Les lésions chondrales du genou
Une lésion chondrale est une altération qui touche exclusivement le cartilage articulaire, sans atteinte de l'os situé en dessous. Il ne faut pas la confondre avec une lésion ostéochondrale, qui implique à la fois le cartilage et l'os sous-chondral.
Causes des lésions chondrales
Les lésions chondrales du genou surviennent principalement dans deux contextes :
- Traumatismes : un choc direct sur le genou, une entorse grave ou un mouvement de torsion brusque peuvent arracher ou fissurer le cartilage. Ces lésions sont fréquentes chez les sportifs pratiquant des sports de pivot (football, ski, basket)
- Usure progressive (arthrose) : la gonarthrose entraîne une dégradation lente et progressive du cartilage, avec apparition de fissures, d'érosions puis de véritables ulcérations mettant l'os à nu
Classification des lésions chondrales
Les lésions chondrales sont classées selon leur profondeur, souvent en quatre grades (classification d'Outerbridge) :
- Grade I : ramollissement superficiel du cartilage (chondromalacie)
- Grade II : fissures superficielles ne dépassant pas la moitié de l'épaisseur du cartilage
- Grade III : fissures profondes allant au-delà de la moitié de l'épaisseur, sans atteindre l'os
- Grade IV : perte complète du cartilage avec mise à nu de l'os sous-chondral
Lésion chondrale et arthrose du genou
L'arthrose n'est rien d'autre que l'aboutissement d'une dégradation chondrale progressive. Lorsque les chondrocytes ne parviennent plus à maintenir l'équilibre entre synthèse et dégradation de la matrice cartilagineuse, un cercle vicieux s'installe :
- Le cartilage s'amincit et se fissure
- Des débris cartilagineux se détachent dans la cavité articulaire
- Ces débris provoquent une inflammation de la membrane synoviale
- L'inflammation libère des enzymes (métalloprotéases) qui accélèrent la destruction du cartilage
- L'os sous-chondral exposé réagit par une sclérose (densification) et la formation d'ostéophytes
Ce processus se traduit sur une radiographie par les quatre signes cardinaux de l'arthrose : pincement de l'interligne articulaire, ostéophytose marginale, sclérose sous-chondrale et géodes.
L'IRM est plus sensible et permet de détecter des atteintes chondrales précoces, avant même que la radiographie ne montre des anomalies — ce que les spécialistes appellent le « stade pré-radiographique » de l'arthrose.
Diagnostic des atteintes chondrales
Plusieurs examens permettent d'évaluer l'état du cartilage articulaire :
- Radiographie : ne visualise pas directement le cartilage mais montre ses conséquences indirectes — le pincement de l'interligne traduit l'amincissement du cartilage. Examen de première intention, simple et peu coûteux
- IRM : seul examen capable de visualiser directement le cartilage, d'évaluer son épaisseur, de détecter les fissures et les zones d'œdème osseux sous-chondral associées
- Arthrographie : radiographie réalisée après injection d'un produit de contraste dans l'articulation. Permet de mieux visualiser les surfaces chondrales
- Arthroscopie : examen de référence pour l'évaluation directe du cartilage. Une caméra miniature introduite dans l'articulation permet de voir, palper et classer les lésions chondrales. C'est aussi une voie thérapeutique
Traitements des lésions chondrales
La prise en charge dépend de la taille, de la profondeur et de la localisation de la lésion, ainsi que de l'âge et du niveau d'activité du patient.
Traitements conservateurs
- Kinésithérapie et exercices de renforcement : renforcer les muscles périarticulaires pour mieux protéger le cartilage restant
- Perte de poids : diminuer la charge mécanique sur les surfaces chondrales du genou
- Anti-inflammatoires et antalgiques : soulager la douleur et l'inflammation
- Viscosupplémentation : injection d'acide hyaluronique pour améliorer la lubrification articulaire
- Compléments : glucosamine et chondroïtine visent à soutenir le métabolisme du cartilage, bien que leur efficacité fasse encore débat
Traitements chirurgicaux
Pour les lésions chondrales focales chez des patients jeunes et actifs :
- Microfractures : de microperforations réalisées dans l'os sous-chondral provoquent un afflux sanguin. Les cellules souches du sang peuvent coloniser la lésion et former un néo-cartilage (fibrocartilage), de qualité inférieure au cartilage hyalin d'origine mais fonctionnel
- Mosaïcoplastie : greffe de petits cylindres d'os et de cartilage prélevés dans une zone peu sollicitée du genou, transplantés sur la zone lésée
- Greffe de chondrocytes autologues : technique en deux temps où l'on prélève des chondrocytes sains, on les multiplie en laboratoire, puis on les réimplante sur la lésion
- Prothèse de genou : en cas de destruction chondrale étendue (arthrose avancée), le remplacement articulaire reste la solution de dernier recours