La gonométrie est la mesure des angles articulaires du genou. En contexte de gonarthrose, elle permet d'évaluer l'amplitude des mouvements de l'articulation et de quantifier un éventuel défaut d'axe des membres inférieurs. C'est un outil indispensable pour le suivi de l'arthrose et la planification chirurgicale.
Qu'est-ce que la gonométrie ?
Le terme « gonométrie » vient du grec « gonia » (angle) et « metron » (mesure). En médecine, il désigne deux types de mesures complémentaires :
1. Gonométrie articulaire (mesure de la mobilité)
Elle évalue l'amplitude de mouvement (ROM — Range of Motion) du genou en flexion et en extension à l'aide d'un goniomètre (rapporteur articulé médical).
- Extension normale : 0° (genou tendu) à -5° (recurvatum physiologique léger)
- Flexion normale : 130° à 150° (talon contre la fesse)
Dans la gonarthrose, on observe typiquement :
- Un flessum : déficit d'extension (le genou ne se tend plus complètement), par exemple -10°
- Une limitation de flexion : le genou ne plie plus au-delà de 100-110° dans les formes avancées
2. Gonométrie axiale (mesure de l'axe mécanique)
Réalisée sur un pangonogramme (radiographie des membres inférieurs en totalité, debout), elle mesure l'axe mécanique du membre inférieur :
- Axe normal : la ligne passant du centre de la tête fémorale au centre de la cheville passe par le centre du genou
- Genu varum (jambes arquées) : l'axe passe en dedans du genou — surcharge le compartiment interne
- Genu valgum (genoux en X) : l'axe passe en dehors du genou — surcharge le compartiment externe
Pourquoi la gonométrie est-elle importante ?
Suivi de l'arthrose
La mesure régulière de la mobilité permet de :
- Détecter une perte progressive d'amplitude
- Évaluer l'efficacité de la kinésithérapie
- Objectiver l'évolution de la gonarthrose
- Documenter la limitation fonctionnelle (important pour le taux d'invalidité)
Planification chirurgicale
La gonométrie axiale est indispensable avant :
- Une ostéotomie : pour calculer précisément l'angle de correction nécessaire
- Une prothèse totale : pour planifier le réalignement de l'axe
- Une prothèse unicompartimentale : pour vérifier que le désaxation n'est pas excessive
Rééducation
Les kinésithérapeutes utilisent la gonométrie pour :
- Fixer des objectifs de récupération mesurables
- Suivre les progrès de la rééducation après prothèse
- Adapter le programme d'exercices
Comment se déroule l'examen ?
Gonométrie clinique (au cabinet)
- Le patient est installé sur la table d'examen
- Le goniomètre est placé avec son centre sur l'interligne articulaire du genou
- Un bras est aligné sur la cuisse (axe fémoral), l'autre sur la jambe (axe tibial)
- La mesure est réalisée en extension maximale puis en flexion maximale
- Les valeurs sont notées et comparées au côté opposé
Gonométrie radiographique (pangonogramme)
- Le patient est debout face au capteur radiographique
- Les deux jambes sont en extension, pieds parallèles
- Un cliché couvre l'ensemble des deux membres inférieurs
- L'axe mécanique est tracé et mesuré par le radiologue
Résultats et interprétation
Les valeurs obtenues orientent la prise en charge :
- Mobilité conservée + axe normal : traitement conservateur, exercices, activité physique adaptée
- Perte de mobilité modérée : kinésithérapie intensive, infiltrations
- Désaxation significative : discussion d'une correction chirurgicale
- Perte de mobilité sévère + douleur : indication de prothèse à discuter
La gonométrie, associée à la radiographie et à l'examen clinique, forme le triade diagnostique essentielle dans le bilan de la gonarthrose.