Lorsque le genou arthrosique rappelle sa présence à chaque pas, le réflexe le plus immédiat consiste à chercher un tube dans l'armoire à pharmacie. Pommades anti-inflammatoires, gels chauffants, crèmes à base de plantes : le rayon des topiques ne manque pas de candidats. Mais entre le diclofénac vendu derrière le comptoir, le gel de capsaïcine recommandé par les rhumatologues européens et les baumes à l'harpagophytum vantés par la phytothérapie, le choix reste difficile sans repères solides. Toutes ces formulations partagent un avantage décisif sur les comprimés : elles agissent au plus près de l'articulation avec une diffusion sanguine minimale, ce qui réduit considérablement le risque d'effets secondaires systémiques.
Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) en application locale
Les AINS topiques constituent la première catégorie de pommades recommandée par les sociétés savantes pour la gonarthrose. Contrairement à leurs équivalents par voie orale, ces gels délivrent le principe actif directement au contact de la peau du genou, avec une absorption systémique limitée à environ 5 %. Ce faible passage sanguin explique leur profil de tolérance nettement supérieur, notamment sur le plan digestif — un argument de poids pour les patients qui supportent mal les anti-inflammatoires oraux.
Le diclofénac : la référence en pharmacie
Le diclofénac topique reste la molécule la plus prescrite dans cette indication. Il agit en inhibant la production de prostaglandines responsables de l'inflammation et de la douleur articulaire. L'application standard prévoit deux à trois doses quotidiennes, en massant soigneusement la zone douloureuse. Il est disponible sans ordonnance, bien qu'un avis médical reste souhaitable avant une utilisation prolongée.
Le kétoprofène : une alternative documentée
Le kétoprofène topique bénéficie d'un niveau de preuve comparable au diclofénac. Les revues Cochrane portant sur plus de 2 500 participants confirment un bénéfice significatif par rapport au placebo. Un point important : sa photosensibilité plus marquée impose de protéger la zone traitée du soleil pendant le traitement et les deux semaines suivant l'arrêt.
Ce que disent les études cliniques
Environ 60 % des patients traités par un AINS topique obtiennent une réduction importante de leur douleur à 6-12 semaines. Les comparaisons directes entre AINS topiques et AINS oraux suggèrent une efficacité similaire, ce qui a conduit l'ACR et l'EULAR à recommander les AINS topiques en traitement de première ligne, notamment chez les patients de plus de 75 ans.
Le gel de capsaïcine : l'option issue du piment
Extraite du piment de Cayenne, la capsaïcine agit directement sur la transmission du signal douloureux. L'EULAR la recommande au même titre qu'un gel AINS.
Comment la capsaïcine agit sur la douleur
La capsaïcine cible le récepteur TRPV1 des terminaisons nerveuses. Les premières applications provoquent une sensation de brûlure, mais l'exposition répétée entraîne une désensibilisation progressive des nocicepteurs. Parallèlement, elle réduit les réserves de substance P, un neuropeptide essentiel à la transmission du message douloureux. Le soulagement s'installe après une à deux semaines d'application quotidienne.
Résultats des essais cliniques
Cinq essais randomisés ont montré une supériorité significative par rapport au placebo. L'étude la plus marquante rapporte une diminution de 53 % de la douleur sous capsaïcine contre 27 % sous placebo à 12 semaines. Les concentrations testées variaient de 0,015 % à 0,075 %, avec quatre applications quotidiennes recommandées.
Les pommades à base de plantes et d'actifs naturels
L'harpagophytum (griffe du diable)
L'harpagophytum en application locale se présente sous forme de gels ou crèmes. Ses iridoïdes (harpagoside) possèdent des propriétés anti-inflammatoires et antalgiques documentées. Une étude sur 75 patients a montré une réduction de 25 à 45 % de la douleur.
L'arnica montana
L'arnica est traditionnellement utilisée pour les douleurs musculo-articulaires grâce à ses lactones sesquiterpéniques. Elle s'utilise exclusivement en externe, jamais sur peau lésée, et complète efficacement les traitements anti-inflammatoires classiques.
Le curcuma en application locale
La curcumine présente un potentiel en application topique, mais sa faible biodisponibilité cutanée limite son efficacité. Les formulations récentes (nanotechnologies, liposomes) tentent de contourner cet obstacle.
Les huiles essentielles en préparation topique
La gaulthérie et le salicylate de méthyle
La gaulthérie contient 95-99 % de salicylate de méthyle, chimiquement apparenté à l'aspirine. Ses effets antalgiques sont perceptibles en 15 à 30 minutes. À diluer impérativement à 10 % maximum dans une huile végétale. Contre-indiquée en cas d'allergie aux salicylés ou de traitement anticoagulant.
L'eucalyptus citronné et le romarin à camphre
L'eucalyptus citronné (riche en citronellal anti-inflammatoire) et le romarin à camphre (myorelaxant, décontractant) forment une synergie souvent recommandée pour les raideurs matinales. Dilution à 20-30 % dans une huile végétale.
Menthol, camphre et effet thermique
Le menthol active les récepteurs TRPM8 (froid), le camphre stimule la circulation sanguine (chaleur). Cette alternance chaud-froid perturbe la transmission des signaux douloureux selon la théorie du portillon. Effet symptomatique utile en complément, notamment avant les exercices pour le genou ou le soir au coucher.
Comment bien appliquer une pommade sur le genou
La technique de massage adaptée
Peau propre et sèche. Mouvements circulaires lents autour de la rotule, en insistant sur les zones latérales et la face interne. Pression modérée. Massage de 5 à 10 minutes minimum jusqu'à absorption complète. Le massage lui-même exerce un effet antalgique par stimulation des mécanorécepteurs.
Fréquence et durée du traitement
- AINS topiques : 2 à 3 applications/jour, minimum 2 semaines d'évaluation
- Capsaïcine : 4 applications/jour, 4 semaines pour évaluer l'efficacité
- Plantes et HE : 2 à 3 applications/jour
Précautions d'emploi et contre-indications
- Ne jamais appliquer sur peau lésée, irritée ou infectée
- Ne pas associer plusieurs pommades anti-inflammatoires sur la même zone
- Tester sur une petite zone avant la première utilisation (HE, menthol)
- Photosensibilisation : protéger la zone du soleil (surtout kétoprofène)
- Contre-indications spécifiques : allergie aux salicylés (gaulthérie), anticoagulants, grossesse/allaitement (HE, harpagophytum)
- Signaler l'utilisation au médecin si traitement AINS oral, anticoagulant ou antiagrégant concomitant
Intégrer les soins topiques dans une prise en charge globale
Les pommades ne constituent qu'un maillon d'une stratégie thérapeutique globale. Les intégrer dans un programme combiné optimise les bénéfices :
- Renforcement musculaire : un gel chauffant avant la séance facilite la mise en mouvement
- Genouillère : soutien mécanique complémentaire
- Application de froid : en cas de gonflement, alterner avec les soins topiques
- Infiltrations et viscosupplémentation : quand les pommades ne suffisent plus
La décision d'intensifier le traitement relève d'une discussion avec le médecin traitant ou le rhumatologue, qui orientera vers la stratégie la plus adaptée au stade de l'arthrose.